Remise du Prix Vulcain 2015

5
Nov

remise Vulcain 2015

 

Le Fils de Saul : pour l’amour du « Film »

Une histoire, un réalisateur, une équipe d’artistes-techniciens, de l’envie, de l’audace, c’est ce qui manque souvent dans nombre de films d’aujourd’hui, préformatés, standardisés.

Avec Laslzo Nemes, nous retrouvons les valeurs qui ont fondé le cinéma, incluant la pensée, la réflexion, la préparation, la compétence, et quelque part le talent, même si ce mot le dérange. Vous aimerez ou vous n’aimerez pas son film, il vous fera nécessairement réagir, il bousculera des certitudes, il dérangera vos conforts occidentaux, il vous laissera une part de liberté pour l’interpréter, le comprendre, il ne répondra pas à vos questions, mais il en déclenchera de nouvelles, il a toute cette richesse artistique et technique et culturelle et historique et audacieuse qui en font un très grand film.

Et sa construction est une démonstration de l’efficacité du savoir-faire traditionnel du cinéma : moins de 20 heures de rushs, quand d’autres en accumulent 300 ou 400, des répétitions, sans puis avec caméras, un tournage pellicule, dont le graphisme humain renforce la puissance du message, et une équipe qui croit en ce qu’elle fait.

Dans ce film, tout est traité au même niveau : la mise en scène, les acteurs, l’histoire, l’image, le son, tout est cohérent, en phase, donc beaucoup plus fort. Si l’on est captivé par cette image très centrée sur et autour de l’acteur principal, la bande sonore, immensément riche, repositionne la narration dans l’espace et dans le temps. L’espace sonore est aussi enveloppant que l’image est centralisée. Cette complémentarité ouverture sonore au monde/repli visuel sur soi, les deux assurant la protection de l’individu dans un monde déshumanisé, c’est toute la force et toute l’audace du film, de son réalisateur, de son équipe.

C’est ce travail à la fois si discret et si envoutant que le Jury du Prix Vulcain de l’Artiste-Technicien a souhaité mettre en avant en l’attribuant cette année à Tamas Zanyi, ingénieur du son du film, pour ce travail de réalisme et d’efficacité.

Bravo à lui, et bravo à Laszlo Nemes et à son équipe pour avoir régénérer cet état esprit, cette culture, que l’on appelle communément le cinéma.

Et passer cette soirée de remise du prix, dans les locaux de la Fémis (merci à Marc Nicolas de nous avoir accueilli), après une projection 35 mm double poste, comme au temps du Gaumont Palace (merci Alexandre et les deux Alain), avec Laslzo, Matthieu et Tamas, quel bain de jouvence, quelle fraîcheur cinématographique.

Alain Besse, CST