MARCHONS SUR LES MARCHES – L’édito

18
Mai

PUBLIC JE TE HAIS

Suis-je trop vieux dans un monde trop technologique ?
Suis-je trop fatigué dans un monde qui court trop vite ?
Suis-je trop collectif dans un monde trop individuel ?
Suis-je, suis-je, suis-je ……

Je n’en peux plus des comportements d’une grande partie du public pendant les séances de cinéma.
Nous le vivons dans les salles de France et d’ailleurs, mais dans le Grand Théâtre Lumière, pendant
les séances officielles, ou dans les autres salles du Palais, ne pourrait-on un peu respecter les
œuvres, les acteurs, les productions ?

Est-il absolument nécessaire de filmer l’écran ? Est-il nécessaire de regarder son portable dès qu’il
vibre, ou dès que l’on s’ennuie, à consulter ses méls ou même Internet ? Est-il nécessaire de se lever
en masse à peine la dernière image, et de sortir comme si sa vie en dépendait, alors que les acteurs,
ceux-là même dont on a dit à nos « contacts », dans un sms envoyé pendant la séance, « Waouh, j’ai
Machin qui vient de passer à côté de moi ! » sont là, dans la salle, émus, dans l’attente et l’espoir de
nos réactions ?

Heureusement, beaucoup encore, la majorité encore, sont là pour le film, pour les acteurs, pour les
réalisateurs et toutes leurs équipes. Mais d’année en année, ici et partout dans les salles de France,
la dérive est en marche, elle aussi.

Dis-moi, cher public : pourquoi viens-tu à Cannes, pourquoi cours-tu après ce divin laissé-passer
ultime, le ticket pour le Grand Théâtre Lumière ? Cultives-tu seulement ton égo, ton image, ou peux-tu
t’inscrire dans une démarche un peu plus collective, seule issue pour envisager un avenir pour tous, et
donc pour toi ?

Public, je te maudits, mais je t’aime quand même, je crois en toi, en tes possibilités de réaction pour
ce spectacle collectif que nous offre le cinéma en salle. Allez, ressaisis-toi, il est encore temps.

Alain Besse