L’association EVE œuvre pour l’égalité femme-homme

Avec le réseau EVE, Eva Letzgus, exploitante des salles Le Trèfle à Molsheim et Le Vox à Strasbourg, s’est donné comme mission de favoriser l’accès des femmes au métier d’exploitant à travers l’information et le partage d’expérience.

Odile Tarizzo, présidente de la commission des Questions sociales, au 74ème congrès de la Fédération Nationale des Cinémas Français

Comment est né le réseau EVE ?
Le réseau EVE s’est créé à la suite d’une conférence du CNC sur la parité au cinéma en 2018 à laquelle j’avais participé en tant qu’exploitante. A la suite de cette conférence, le CNC avait lancé toute une série de mesures en faveur de la parité dans ses commissions, jurys de formation, mais aucune d’entre elles ne concernaient l’exploitation qui est encore considéré aujourd’hui comme le « parent pauvre » de la chaine cinématographique. Il y avait donc un réel enjeu à faire connaitre tout un pan de notre métier surtout depuis l’abandon des Rencontres des Exploitantes à Cannes. J’y ai vu l’opportunité de mettre en lumière le métier d’exploitant de manière plus large entre autres auprès des étudiantes qui nourrissent un projet professionnel et pourraient être intéressées à l’idée de reprendre des salles de cinéma. Un enjeu d’autant plus important qu’une grande vague de départs en retraite risque de toucher le métier dans les vingt prochaines années. Le réseau qui a été lancé avec le soutien de Cinéo (groupement des cinémas indépendants), le CNC et l’UNIC (Union Internationale des Cinémas), est d’abord apparu sous la forme d’un annuaire en ligne présenté lors du Congrès des Exploitants à Deauville. Son objectif est donc autant de faire connaitre notre métier que de le féminiser sachant que dans ce métier plus on monte dans la hiérarchie moins on y voit de femmes. Même si on reste dans un milieu très ouvert où les femmes ne rencontrent aucun problème pour être reconnues par leurs pairs masculins, celles-ci peuvent rencontrer un certain nombre de barrières surtout quand elles décident d’avoir un enfant.

A quels types de barrières pensez-vous ?
Il y en a principalement trois : les horaires, la technique et le management. Les cinémas sont ouverts tout au long de l’année à des plages horaires très larges. Quand on est exploitant de cinéma, le travail commence tôt le matin et peut se prolonger jusqu’à très tard le soir surtout dans les petites exploitations. Cela peut se révéler compliqué quand on a une vie de famille. L’un des objectifs du réseau EVE est justement de montrer qu’il est possible de mettre en place une organisation permettant de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée à travers les expériences des mentores. L’exploitation cinématographique est un métier passion et polyvalent mais nous avons trop tendance à penser qu’il nécessite un bagage technique important. Or, il est tout à fait possible d’être accompagné par des techniciens, la Fédération des Cinémas Français, le CNC ou encore les syndicats professionnels. Enfin, on remarque que la dimension leadership peut également être un véritable frein pour les femmes. Quand on est une jeune femme on peut ne pas se sentir légitime à l’idée de manager des hommes plus âgés. Nous leur montrons qu’il existe des manières de manager en équipe, d’asseoir sa crédibilité et qu’au final les préjugés sont des verrous qui peuvent être sautés. Le but du réseau est donc de faire tomber ces barrières par l’information et l’accompagnement

Le réseau compte combien de personnes aujourd’hui ?
Aujourd’hui, vingt-deux mentors aux parcours riches et complémentaires apparaissent dans notre annuaire en ligne et sont disposées à partager leurs expériences. Nous y trouvons notamment Dominique Frenfrid, l’ancienne directrice de la fondation Jérôme Seydoux, Lucie Anglade, directrice de la marque Pathé, soit une belle représentativité en termes de géographie et de compétences.

L’objectif, à partir de la rentrée 2020, est de se faire connaitre auprès de toutes les principales formations en cinéma et en management culturel en France.

Les femmes exploitantes ont-elles toujours été bien acceptées par leurs pairs masculins ?
Oui. Quand je suis arrivée dans le milieu de l’exploitation, j’ai tout de suite été acceptée et de manière très naturelle. C’est un milieu très ouvert d’esprit avec une belle solidarité entre exploitants. Ça reste un métier assez méconnu du grand public.

Retrouvez l’intégralité dans le numéro 175 de la Lettre de la CST.