« Il faut revenir à un rapport plus humain » Interview avec François Aymé (AFCAE) et Marie-Christine Desandré (Cinéo)​

Respectivement présidents de Cinéo, le groupement de cinémas indépendants, et de l’AFCAE, Marie-Christine Desandré et François Aymé reviennent pour nous sur cette période particulièrement complexe pour les exploitants.

Comment avez-vous vécu l’annonce de fermeture des salles ? Quelles ont été les réactions de vos équipes ?

Marie-Christine Desandré : Le mot que je garderai longtemps en mémoire est : sidération. C’est allé très vite. On avait beau entendre plein de choses, on ne savait pas. Quand on a su le samedi 14 mars au soir qu’il fallait fermer immédiatement, mes équipes et moi étions sidérés car nous ne comprenions pas ce qui était en train de se passer. On a mis quelques semaines à intégrer cette information. Les cinémas sont ouverts tous les jours, personnellement je suis dans l’exploitation depuis plus de vingt ans, je n’ai jamais fermé un seul jour si ce n’est pour des travaux. Cette fermeture-là ne me semblait pas naturelle.

François Aymé : Le vendredi 13 mars on s’est posé beaucoup de questions. Nous nous sommes tout d’abord demandé si nous rentrions dans la catégorie des lieux de vie non indispensables qui devaient fermer, on pouvait penser que oui. En second lieu, nous avons observé que la plupart des spectateurs qui venaient encore le vendredi 13 mars étaient des habitués âgés, une partie d’entre eux ne prenait aucune précaution. Enfin en préparant les emplois du temps, nous nous sommes rendu compte d’une contradiction : d’une part nous demandions au personnel en salles (projectionnistes, caissiers, etc.) de rester travailler comme d’habitude malgré la pandémie, de l’autre nous disions aux employés travaillant en coulisses (comptables, personnels de bureau…) de travailler chez eux car c’était trop dangereux. Pour toutes ces raisons nous avons décidé de fermer les salles avant l’annonce officielle. Cela a été un principe de précaution à la fois pour le public, mais également pour le personnel. Nous ne voulions pas être dépassés et mettre en danger les personnes fréquentant le cinéma.

Si vous deviez résumer ces semaines de confinement en un mot, quel serait-il ?

M.C. D. : Protéger. Protéger la relation privilégiée du public avec la salle, protéger les équipes qui étaient inquiètes, protéger l’outil de travail et protéger l’économie de l’entreprise.

F.A. : L’incertitude a été un sentiment récurrent durant toute cette période. L’idée de protection est bien entendu importante. S’il y a toujours une part d’incertitude dans le cinéma, elle était ici permanente. D’un point de vue chronologique tout d’abord : il y a cette idée que ce qui est vrai à un instant T ne l’est plus trois jours après, ce qui nous empêche de faire des prévisions au-delà de la semaine ou des quinze jours qui viennent et se révèle très handicapant pour l’organisation. C’est une incertitude avec laquelle on commence tout juste à travailler. Aujourd’hui à Pessac nous avons tendance à penser qu’il faut vivre avec cette pandémie et que les cinémas vont rester ouverts. Même si cette incertitude diminue, elle reste présente et demeure très déstabilisante.

L’aspect technique a-t-il été un enjeu particulièrement délicat à gérer ?

M.C. D. : Pas de mon côté. Les installateurs nous ont très vite envoyé des préconisations (que faire avec les projecteurs et serveurs ? Couper intégralement les pompes à chaleur, affichages dynamiques…) pour l’entretien du matériel. Une fois par semaine nous avons fait tourner le matériel le temps d’une séance afin d’éviter qu’il ne s’enraye. Nos partenaires ont vraiment été très présents et continuent à l’être. Tout a redémarré sans problème.

F.A. : De notre côté, tout cela a été très bien géré et n’a pas généré d’anxiété supplémentaire.

Si vous deviez résumer ces semaines de confinement en un mot, quel serait-il ?

M.C. D. : Protéger. Protéger la relation privilégiée du public avec la salle, protéger les équipes qui étaient inquiètes, protéger l’outil de travail et protéger l’économie de l’entreprise.

F.A. : L’incertitude a été un sentiment récurrent durant toute cette période. L’idée de protection est bien entendu importante. S’il y a toujours une part d’incertitude dans le cinéma, elle était ici permanente. D’un point de vue chronologique tout d’abord : il y a cette idée que ce qui est vrai à un instant T ne l’est plus trois jours après, ce qui nous empêche de faire des prévisions au-delà de la semaine ou des quinze jours qui viennent et se révèle très handicapant pour l’organisation. C’est une incertitude avec laquelle on commence tout juste à travailler. Aujourd’hui à Pessac nous avons tendance à penser qu’il faut vivre avec cette pandémie et que les cinémas vont rester ouverts. Même si cette incertitude diminue, elle reste présente et demeure très déstabilisante.

Retrouvez l’intégralité dans le numéro 175 de la Lettre de la CST.