Hommage à Vilmos Zsigmond et Haskell Wexler

29
Jan

En 1991, à l’issue de mes deux années à l’école Louis Lumière, j’ai eu la chance de pouvoir participer à un « Masterclass for cinematographer students » à l’école de cinéma de Budapest. Ce séminaire avait été organisée par Vilmos Zsigmond, de retour dans la Hongrie qu’il avait fuit avec Lajos Koltaï en 1956 après avoir filmé l’arrivée des chars soviétiques. Deux ans après la chute du mur de Berlin, la Hongrie s’ouvrait – avant qu’Orban ne la referme! –  et Vilmos y revenait pour réunir 16 étudiants des écoles européennes, plus une, venue de Chine, ma toujours amie Pan Feng.
Des auditeurs libres venus d’Europe et d’Israel complétaient le groupe, en compagnie bien sûr des étudiants hongrois.
Vilmos avait fait appel à Haskell Wexler pour diriger la moitié du séminaire.
Durant deux semaines, le programme se partageait en trois types de travaux: chacun notre tour, nous dirigions une petite séquence de tournage (dans les grands studios de Budapest) sur un exercice de lumière imposé, chacun devait présenter ses travaux d’école ou personnels, et le soir nous discutions (et surtout écoutions) nos deux « maîtres » qui nous présentaient les films qu’ils avaient photographiés, relatant leur collaboration avec les réalisateurs, les choix esthétiques et techniques.
« John Mac Cabe and mrs Miller » de Altman, « the Sugarland Express » de Spielberg , « Vol au dessus d’un nid de coucous » de Milos Forman, etc : voir ou revoir ces films avec leurs directeurs photo fut un éblouissement.
Bien sûr, nous ne dormions pas beaucoup dans une telle ambiance… Nous parlions politique, surtout avec Haskell Wexler, qui terminaient ses films sur les manipulations sanguinaires de la CIA au Nicaragua et ailleurs en Amérique du Sud.
Vilmos Zsigmond et Haskell Wexler ont posé définitivement la caméra tous les deux depuis peu, je ne les ai pas revus souvent, juste croisés à Cannes ou Paris, mais leurs anciens étudiants ont emporté dans leurs bagages une incroyable expérience, deux semaines qui valent une année d’école, un souvenir inoubliable. Il fallut se botter le cul pour parler technique en anglais, enregistrer au passage quelques mots dans une douzaine de langues.
S’il fallait ne retenir qu’un des enseignements de cette rencontre avec eux, je fus frappé par l’intérêt qu’ils portaient tous les deux à la légèreté (relative pour l’époque de leurs débuts) des techniques documentaires, en les mêlant aux grandes installations du cinéma de studio. Cet aller retour entre réel et fiction ne cessera pas de m’accompagner par la suite.
Je les remercie encore tous les deux de cette très grande leçon.

Denis Gravouil
Chef opérateur de prises de vues et actuellement représentant syndical de la CGT spectacle