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Critique Aftersun, Charlotte Wells – Semaine de la critique

Aftersun est un premier long métrage signé par la scénariste et cinéaste écossaise  Charlotte Wells. Une fiction diffusée le 21 mai à la Semaine de la critique. Dont le jury de cette 61è édition est présidé par la cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania. Ce film parle d’une autobiographie touchante et sensible. Où Charlotte Wells évoque l’homosexualité de son père et la sienne. Aussi la réalisatrice, établie à New York, la met en scène avec beaucoup de respect, tendresse, délicatesse et empathie. Or Aftersun raconte l’histoire de Sophie, incarnée à l’écran par la formidable Frankie Corio. Car, âgée de 11 ans, la fillette partage des moments uniques de bonheur avec son paternel en Turquie. En fait c’est là que Sophie apprend à mieux observer et connaître son tendre papa, Callum, incarné par l’acteur irlandais Paul Mescal. Car, c’est pendant ces vacances dans ce pays entre l’Asie et l’Europe, que Callum fête ses 31 ans. Où mieux ses « 131 ans », selon sa fille.

 Par ailleurs, c’est quand Sophie regarde sur son miniDV les images de ce voyage avec Callum, enregistrées vingt ans plus tôt, qu’elle fait un retour jusqu’aux années 90 pour  raconter ce passage de sa vie avec lui. Puis c’est tout en nuances que ses souvenirs s’entrecroisent. Tandis qu’elle vivait un moment délicat : l’adolescence avec tous ses questionnements. En outre, pour réaliser ce biopic, Charlotte Wells s’est entourée de très bons Filmworkers.

Parmi les techniciens présents sur le, très, très long, générique de fin, il y a : Gregory Oke – directeur photo, Jovan Ajder – ingénieur de son, Olivier Coates –  compositeur, Blair Mcclendon monteur, Billur Turan – décorateur. Et Lucy Pardee « la merveilleuse directrice de casting », confie la cinéaste dans une interview à Cinemateaser.  À noter aussi l’excellent travail sur le son. Tel celui de la mer où l’émotion est portée à son comble. Car dans une très belle séquence, sur le bleuté de l’eau salée, le volume sonore prend de l’ampleur. Tout comme le suspens qui se dégage à ce moment précis. Tandis que Callum marche sur le sable vers les vagues suite à une nuit troublante… Sans oublier le son des respirations des protagonistes dans des moments plus intimes, pour mettre en valeur un premier ou arrière plan sonore. Ou encore ce plan où la caméra suit le bras du père qui tombe du lit, glissant sur sa main pour pointer l’action en boîte de nuit, où le père danse. À souligner ici la musique diégétique qui est liée à ce type de scène.

Mais également à celle du Karaoké, où les fausses notes de Sophie sur scène suscitent ce commentaire du père : « il faut prendre des leçons pour chanter correctement ». Et la  fillette rétorque du tac au tac qu’il ne faut « pas faire des propositions quand on ne peux pas les payer ». Quant aux changements de plans, il y a une utilisation fréquente du split audio. En effet, il est bien placé et aide, en général, les transitions de la construction du film par ce décalage anticipé du son sur le point de montage de l’image.

 Aussi ces flous qui mettent mieux en évidence les images nettes sur des livres de Taï Chi et de méditation. Tout comme des gros plans, des plans rapprochés, des zooms, utilisés pour aider le spectateur à bien saisir les sentiments des personnages. Malgré quelques plans trop longs, ce premier film de Charlotte Wells est une belle réussite. Encore un plan intéressant est celui où les deux protagonistes sont en train de discuter. Cette fois-ci, Callum est dans la salle des bains. Il découpe le plâtre qui protège son bras alors que Sophie est dans la pièce adjacente sur la même image. À remarquer les très belles images et la lumière époustouflante d’un coucher de soleil.

 Bref, voilà les raisons pour lesquelles ce film a reçu le soutien de BBC Film. Ainsi que l’appui de Sundance Labs. Ce laboratoire a été créé par le formidable américain Robert Redford. Dont la biographie « référence », écrite par Michael Feeney Callan, vient de sortir au Festival de Cannes en 2022.

Neide Olívia Libault De Souza