Congrès CinéEurope Barcelone 2018

14
Juin

CinéEurope est le congrès européen des exploitants de salles de cinéma. Equivalent européen du Cinemacon de Las Vegas, il permet à tous les acteurs de l’exploitation cinématographique de se parler de toutes les évolutions et problématiques des salles de cinéma.

Nous ferons dans la prochaine Lettre CST un compte-rendu complet de ce qui a été présenté, mais je vous propose ici un premier ressenti de l’ambiance générale dans la profession.

Comme la plupart des salons, trois types d’événements : des conférences professionnelles, payantes, traitant pour la plupart des aspects politiques et économiques ; des conférences gratuites, très courtes (30 minutes), sur des sujets techniques ou de prospectives, dans lesquelles on n’apprend pas grand-chose, mais qui ont le mérite de lancer des débats parfois passionnés qui se poursuivent dans les allées ; une exposition de matériel.

Ambiance donc. Indubitablement, 2018 est une année de stabilisation. Toutes les innovations des années précédentes sont en phase de « digestion » : projection laser, écrans Led, HDR, systèmes de supervision globale, automatisation des cinémas, concentration des services, offres alternatives (eGames, VR).

Le combat est gagné pour le laser. Les offres se multiplient, alors que les gammes xénon ne se renouvellent quasiment plus. Le renouvellement naturel des machines assurera dans les dix ans la transition. Point intéressant, les projecteurs proposent des contrastes natifs plus élevés, entre 5 000 :1 et 10 000 :1 selon les fabricants. La transition « naturelle » vers le HDR, sans traitement spécifique des DCP, est en marche. Les salles d’étalonnage en laser apparaissent un peu partout.

Mais le laser ne sera « peut-être » qu’une transition de plus vers autre chose. 2017 avait vu naître un enthousiasme fort autour des écrans Led de Samsung et Sony. 2018 calme le jeu. 16 cinémas sont équipés dans le monde en Samsung, dont quelques-uns en Europe (Zurich, bientôt Vienne et Stuttgart). Pas d’écran en démonstration cette année, et relativement peu de communication (stand Samsung très minimaliste). Il n’est pas si certain que ce soit une solution idéale. Le poids, les largeurs fixes, la consommation, la maintenance sont des éléments qui restent à détailler. Sans parler du son : lors d’une conférence, le représentant Samsung (nous ne le nommerons pas par charité) a quand même dit, espérons en boutade, que l’image est tellement enveloppante que le spectateur ne se rendra plus compte que le son n’est plus localisé !!! Plus sérieusement, le doute s’installe un peu, et les annonces en catimini des écrans Oled à venir apparaissent beaucoup plus motivantes. Affaire à suive.

Le HDR devient naturel dans l’esprit des gens. Normal, les projecteurs y parviennent seuls. Tout n’est pas encore fait, notamment la normalisation, mais des tendances se dégagent. Mais entre laser et HDR, il y aura des questions sur les types de DCP : compatibles, ou non ? Là, rien n’est acquis dans les échanges entendus.

Les systèmes de supervision des salles sont de plus en plus complets. GDC, dans sa plaquette, parle même de cinéma fonctionnant sans humain. Tout est dit, non ? Ces systèmes très performants, vont de la programmation à la vente, en passant par la signalisation, la projection, la fabrication des play list, et toutes les statistiques imaginables. Comme nous l’évoquions avec un très bon ami tenant stand, les dix années qui viennent de passer ont « tué » une façon de présenter le cinéma qui nous faisait rêver, pour la remplacer par de la gestion. Un sourire dans cette grisaille économico-technocratique : un conférencier, parlant de la salle de cinéma de demain, a fortement insisté sur la nécessité de mieux accueillir le public, et de personnaliser les accueils. Et heureusement, les films continuent de faire rêver.

Enfin, et non des moindres, les prestations alternatives, comme nous disions il y a quinze ans. La VR est restée discrète, présente chez Eclair, Cinionic (joint-venture Barco-GDC), mais les raz de marée 2017 se sont quelque peu taris. Par contre, l’eGames fait une entrée en force, avec de vrais arguments. Un des points forts de cette entrée est que la demande ne vient pas des salles, mais des eGameurs. Il commence à ressentir le besoin de sortir de l’intimité de leurs salons, de grandes compétitions voient le jour, un public est en demande, et la salle de cinéma, avec ses équipements, ses dimensions et ses caractéristiques, est parfaitement adaptée à la popularisation de cette activité comme un show sportif de haut niveau qualitatif. Contrairement à la 3D ou à la VR, il y a là une vraie économie, avec des sponsors à très fort potentiel, donc une rentabilité potentiellement élevée.

Les fournisseurs de projecteurs ont proposé leurs dernières gammes, chez Christie (qui fabrique ses propres diodes sous le label RealLaser ™ , chez Nec, avec une forte gamme phosphore, mais aussi RGB, et chez Barco (nous reviendrons sur cela dans la prochaine Lettre CST). Des différentes démonstrations proposées, il ressort une chose rassurante : au-delà des quelques différences de spécialistes que l’on peut constater entre les machines, il apparait une chose fondamentale : l’avantage du cinéma sur la télévision, c’est la dimension. Le cinéma n’a pas besoin de comparer ses mérites qualitatifs, comme le font quelques « marketteurs » par rapport à ceux de la télé, ses qualités propres alliées aux dimensions « spectacles » qu’il propose lui donne encore de nombreuses longueurs d’avance. Aujourd’hui, les salles disposent vraiment de quoi faire de très belles projections. Place aux films !

Ah oui, on ne parle plus de « Cinema experience », terminologie que j’ai naguère stigmatisée. On parle désormais de « Theatrical experience » ! O tempora O mores !

Alain Besse

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